J'ai passé une nuit atroce. Je me retournais dans mes draps sans savoir quoi faire, j'ai du enfiler ce sweat une quinzaine de fois pour crever de chaud trente secondes après. J'ai fini par aller fumer ma clope avec Welcome to the Machine à fond, fenêtre ouverte dans le froid, c'était agréable. Ca faisait longtemps.
Durant cette nuit presque blanche, vu que j'me suis endormie vers trois heures, j'ai énormément réfléchi. À mon avenir, cette espèce de brume comateuse, à maintenant, à mes amis. À mon éternelle peur aussi. J'ai pensé que la vie était vraiment trop bête, malgré toutes ces compliquations qu'on s'impose, avoir des gosses, un beau boulot, un chouette métier, des amis sympas & à l'écoute, des parents fiers, notre petit bonheur personnel. J'me suis dit que c'était rageant de voir que les gens heureux étaient ceux qui menaient cette petit vie sans accroches. Normale. C'est presque dommage de voir que nos rêves d'adolescents durent à peine trois ans, qu'on finit par s'enliser dans cette masse informe constituant la routine. C'est stupide même.
& puis, j'vois même pas l'intérêt de vivre, on sait tous où ça va nous mener, on ne fera rien de particulier vu que l'Homme est faible de nature. Les dictateurs ne sont pas sortis du même moule que leurs serviles partisans, j'en suis persuadée. On va tous crever, l'évidence est là. On pourrait se dire que je raconte de la merde, mais pensez-y vraiment, à quoi cela va-t-il vous servir de vivre soixante-dix ans ou vingt seulement ? Pour se venger, pour avoir sa propre vie comme on veut la merner, c'est vrai mais c'est faux en même temps, tout n'est que vengeance. On fait des gosses pour se venger sur eux de notre éducation, on se venge du patron sur nos inférieurs, on se venge de la petite trahison matinale sur le quatrième que l'on hait... Tout ceci ne sert à rien.
Je ne prône rien, je voudrais qu'on m'apprenne à vivre. Juste un peu.