Je n'ai jamais apprécié ta façon de me posséder qui, si violente & active qu'elle fut, n'en restait pas moins indifférente. Pourtant, je t'aimais. À l'imparfait & sans négation. Je te haïssais aussi. Laquelle des deux versions est vraie ? Aucune. La vérité tient en trois mots: je te méprise. Je méprise aussi toutes les petites phrases subtiles, les minuscules vengeances, les vraies déceptions calculées au pleur près, les faux espoirs, les promesses feintes, l'amour transformé en désastre, & puis ces nuits, brûlantes, écumantes, où je n'étais plus rien qu'à toi. J'ai le mépris facile, on me l'a dit souvent, mais certains soirs je m'endors en rêvant de Korsakov, la seule maladie où on vit heureux, béat. On oublie & on s'imagine une nouvelle vie. La mienne se passera de crépuscules & de matins sales. De toute manière sous les draps il fait nuit noire & c'est tant mieux. Ma vie sera amphygorique, magnifique, lascive, teintée au vitriol.
- Pour t'évincer, si jamais tu revenais. -
